Trialogue: Cornel Mihai Ungureanu (C.M.U.), Corina Bărbuică (C.) et Marius Dobrin (M.). Une série de questions nées des pages du volume Récréations avec Babi et quelques questions supplémentaires.
 
M.: Harnais ou laisse?
C.M.U.: Harnais, Marius, harnais... Au fond, il ne s’agit de liberté, ni en harnais, ni en laisse. Plutôt harnais, pourtant, ça suppose du travail, être obligé à un travail. Ça m’attire plus qu’une promenade dirigée.
M.: Le travail fait partie de tes d
ésirs?
C.M.U.: J’ai vécu longtemps sous le signe des pertes. Je désirais travailler et je ne trouvais pas ma place, je suis sorti très difficilement de ce blocage-là. Depuis ce moment, je me sens mieux quand j’ai quelque chose à faire. D’autre part, je désire ne pas être obligé à faire autre chose que d’écrire.  
C.: L’écriture ne fait-elle pas partie du travail?
C.M.U.: L’écriture fait partie de tout. Un jour qui n’est pas écriture est, pour le moins, documentation. L’écriture, c’est le Nord. Quand on écrit, on est libre.
M.: Récréations avec Babi sont-elles de l’écriture?
C.M.U.: Oui, parce que j’ai eu la liberté de choisir mes sujets, de les approcher ainsi comme je voulais. Les seules restrictions étaient celles que le journalisme suppose: nombre de signes, la transmission d’un message, deadline.
M.: Un deadline ordonne ton activité. Ce serait bien d’en  avoir un pour le roman aussi.
C.M.U.: Il est bon de maintenir le rythme. Les grands écrivains ont une discipline de l’écriture.
C.: Ça fonctionne?
C.M.U.: Oui. Je pense, par exemple, au programme très rigoureux de Thomas Mann.
C.: Ça me paraît harnais!
C.M.U.: Mait c’est un harnais assumé, et aussi désiré. Pour moi, ce n’est pas un harnais.
C.: Si tu t’asseois chaque jour à table à huit heures, ce n’est pas un harnais?                    Peut-être, un jour, tu n’as rien à dire.
C.M.U.: Le harnais est ce que me tient. Le harnais est lorsque je dois aller à la rédaction, bien que je ne veuille pas y aller. Je veux écrire! Je ne sais pas comment sont les autres, mais moi, jeudi soir, j’arrive fatigué chez moi et je cherche une idée d’article, parce que vendredi, à midi, je dois l’envoyer. Le plus souvent je n’en trouve pas. Vendredi matin, c’est très difficile de choisir le sujet, de l’écrire, et pourtant, jusqu’à midi, ce texte est prêt. Au moment où l’on commence, disait Plesu, des énergies nouvelles font leur apparition. Les choses viennent de quelque part, se lient, et si c’est valable à petite échelle, pour un article, c’est valable aussi à grande échelle, quand on travaille à un roman. Autrement, on laisse les secondes passer et on se rappelle, après trois ou quatre années, que l’on s’était proposé d’écrire un roman, une pièce de théâtre et on est resté avec le désir. S’il n’y a pas de programme, il n’y a pas de discipline.
 
M.: Quel grande joie, mon Dieu! Tu as senti cette joie...
C.M.U.: Oui, je l’ai sentie quelques fois.
M.: Ce sentiment dure longtemps?
C.M.U.: C’est un état perpetuel. Bien qu’on néglige d’aller à l’église, de respecter des canons, il reste pourtant le sentiment de présence.
M.: Ce halo que tu reçois à ce moment te nourrit après?
C.M.U.: Oui. D’autre part, les gens qui te bénissent  ne sont pas nécessairement les saints. Ils ont des faiblesses et des intérêts, mais tout ça n’annule pas ce geste.
M.: Tu reçois un geste pareil à un moment donné. Tu continues, la vie continue avec ses problèmes, est-ce que tu te rappelles de ce geste? Son effet arrive à la fin?
C.M.U.: Non, il n’arrive pas à la fin. C’est pareil au reflexe qui te fait aller toujours vers une église, dire les prières simples, non pas celles des livres.
M.: Est-ce qu’il y a des saints qui aient commis des crimes?
C.M.U.: Je notais cette réplique d’une discussion sur les légionnaires pour montrer qu’à l’abri de l’église il y a toute sortes de gens, et les uns mettent leur croyance comme bouclier  pour justifier leur violence, leur cruelleté. Ils trouvent dans le Livre Saint un mot qui couvre aussi la crimme commise. En te rapportant au Dieu, tu ne sais pas si c’est toi qui aies raison ou l’autre, tu ne peux pas être sûr que la lumière que tu vois est la bonne, personne ne garantit ça. Mais je suis prudent avec les routes de la violence, je n’en choisirais pas consciemment, ni même si l’on me dit que c’est le Bien.
 
M.: Qui t
attend, toi?
C.M.U.: Dans ce texte-là tante Dida m’attendait, la femme qui m’a grandi. Je ne sais pas combien de temps elle va m’attendre encore.
M.: Nous tous, nous avons ce désir que quelqu’un nous attende? On naît avec ce désir?

C.M.U.: Je crois plutôt qu’on sent le besoin d’être assisté par quelqu’un. Il est plus difficile quand on observe que personne n’offre un soutient, qu’on n’a pas les liaisons, les repères.
 
M.: Combien de points lumineux se trouvent sur une verdure? Et une question pour t’aider: et combien d ombres?
C.M.U.: Je pense aux vers luisants que tante Pasarel avait vus, une fois, sur une verdure, sans que quelqu’un d’autre les voie aussi, et alors j’ai l’impression d’entrevoir une lueur de vérité autour de moi. Mais combien d’ombres que je ne verrai jamais il y a au monde? J’ai voulu seulement  rappeler qu’elles existent.
M.: Tu en vois?
C.M.U.: Quelque fois je vois un ver luisant, mais je n’ai pas toujours la sûreté qu’il y avait une vérité.
 
M.: Ce livre est une suite de contes. Par exemple, comme Seherazada, ce soir je te raconte l’histoire avec Busache. A la table qui se trouve sous le noyer, les personnages, sous l’invasion de la poussière et des moustiques, racontent des histoires pour que le temps de la transition passe plus vite. Aujourd’hui c’est l’histoire de la petite fille sur le petit pot de chambre, demain c’est l’histoire avec le pesede... toute sorte de personnages. Quand as-tu senti le besoin d’écrire?
C.M.U.: Tard, très tard. Ce sont des gens qui ont su dès le début, depuis quand ils étaient jeunes, qu’ils voulaient être écrivains. J’ai eu cette idée tard, à 33 ans, lorsque Corina a écrit quelques poésies, j’ai considéré ça un défi et moi aussi j’en ai écrit quelques-unes. Puis j’ai commencé à griffonner de la prose, je ne sais pas comment, mais c’est devenu la priorité absolue. Tous les hommes de culture de la ville qui à ce moment- là ne soupçonnaient pas que je les regardais d’un coin de la salle, maintenant me connaissent.
 
M.: Lorsque tu dis que tu veux ou que tu hésites d’envoyer le livre aux critiques, tu as en vue la validation par le système?
C.M.U.: J’hésite de l’envoyer parce que, peut-être, ils attendent quelque chose de moi, tout comme j’en attends de quelques écrivains. Tant que ce n’est pas ce livre que j’attends de moi, c’est difficile pour moi de l’offrir aux autres. Et puis, beaucoup de personnages de ces textes sont locaux.
M.: Mais souvent nous lisons sur les personnages locaux sans que nous appartenions à cette place.
C.M.U.: Les articles sont parus dans un journal régional, j’ai donc écrit pour le public d’Olténie. Bien que j’y mets de la littérature, on sent ce filtre de la destination locale.
M.: Le succès de public de ce livre te donnerait le courage de l’envoyer aux critiques?
C.M.U.: Non. C’est différent. Tu crois que le succès de public du volume Pourquoi on aime les femmes a aidé Cartarescu d’avoir la réception voulue de la part des critiques? Le succès de public et celui de la critique ne s’excluent pas, c’est idéal de les avoir tous les deux, mais on ne peut pas se contenter avec le succès de public.
C.: Le succès de la critique seul est préférable ou il est tout aussi perverse?
C.M.U.: A un moment donné on n’a plus besoin de la reconnaissance immédiate. Si tu es content du livre que tu écris, il y a de grandes chances qu’il soit reconnu par les critiques. Ecris un bon livre, et il aura un bon sort!
C.: Ce livre n’est pas ce que tu attends de toi.
C.M.U.: Ce n’est pas un mauvais livre, mais il n’est pas ce que je me propose.
C.: Pourquoi est-il paru?
C.M.U.: J’aime l’idée de livre. Même s’il est journalisme.
M.: Tu as fait une sélection, tu as arrangé les articles.
C.M.U.: Quand je me suis décidé de publier ce volume, j’ai parlé avec Corina et avec quelques amis. Leurs réponses avaient de la doute, par exemple „si Cartarescu éditait les textes publiés en Evenimentul zilei, probnablement je ne serais pas intéressé par ce livre”. L’idée de grouper les articles est venue de la part de Florin Oncescu. C’est lui qui m’a dit que c’était bien de publier les articles dans un volume, mais que je sois attentif à les grouper. Qu’est-ce que ça veut dire, grouper? Parce que j’avais l’intention de les publier en ordre cronologique. Alors j’ai commencé à penser à les mettre en groupes et j’ai eu cette idée: la vie comme une journée d’école, avec des cours et des récréations, et c’est comme ça que les choses se sont liées. C’est à peu près la même situation avec l’arrangement des étagères pour Pravalia culturala, quand, ayant l’idée de faire une revue, le titre m’est apparu, puis les rubriques, et tout ça est né par l’effort de l’équipe.
 
M.: Ré-créations. Au-delà de tout, c’est toi dans tes livres. Là il s’agit de ton attitude envers certaines situations, soit qu’il s’agit d’une colline en Tiu ou du typhon Yke, pour moi ce que compte, c’est ton attitude envers tout ça.
C.M.U.: Si tu me demandais il y a quelques années quelle est la profession que je désirais pratiquer, je t’aurais répondu que je voulais être journaliste ou rédacteur à la radio. Et voilà que Dieu met tout en ordre, les dernières années j’ai fait tout ce que me paraissait interdit. Au début j’ai été heureux d’écrire des articles de fond, et puis, en écrivant, je me suis rendu compte que parfois, probablement moins que les autres journalistes, moi aussi je guette les erreurs des autres, parce que c’est ce que le journaliste fait, il sanctionne les dérapages de la société. J’ai eu mes moments de méchanceté, d’éloignement du sens de l’écriture.
M.: Il paraît que le journalisme t’impose de donner des verdicts. Il te fait te dépêcher?
C.M.U.: J’ai trouvé un équilibre. Il est difficile d’écrire un article de fond où exposer des idées morales, sans parler de ce qui se passe.  En final, le public de journal attend ça.  Et il est très facile de juger les autres et de donner des verdicts. Parfois on entre dans ce jeu.
M.: Et à présent qu’est-ce que tu désires?
C.M.U.: Ecrire un roman.
M.: La télévision ne t’attire pas?
C.M.U.: Non. Je suis attiré par l’écriture, en général, et par la prose, en spécial.
M.: Mais le journalisme t’as attiré.

C.M.U.: A cause du besoin de vivre.
C.: A cause du même besoin tu ne peux pas être attiré par la télévision aussi?
C.M.U.: Il est difficile à dire. Je serais plus intéressé de vivre dans un monastère, où écrire, que de faire du journalisme.
C.: Et comment vivre à la monastère?
C.M.U.: Etre hébergé, ne pas devoir travailler, seulement écrire.
M.: Et alors tu aurais des sujets pour écrire?
C.M.U.: Oui, oui...
M.: Tu as assez accumulé?
C.M.U.: J’y resterais seulement une année ou deux. J’aimerais aussi une bourse de résidence. Ecrire sans le souci que je dois aller au travail, écrire tout le jour, non pas griffonner quelque chose le soir, fatigué, tracassé. Au moins trois mois, six mois...
M.: Des feuilles, déjà vu! C’est agréable ou c’est un cri de désespoir?
C.M.U.: Il s agissait précisément des politiciens, pendant la campagne électorale, de leurs actions de cueillir les feuilles mortes dans un coin de parc. Mais pendant l’automne, et au début de l’hiver, les souvenirs me pèsent plus que jamais. Par exemple, la fumee des cheminées à Alexandria, où il y a encore des poêles à bois, ma solitude dans ce lieu, les trains pauvres, les champs, les gens tristes, les clôtures délabrées. Ce poids d’un autre déjà vu trouble mon retour. Il y a aussi des choses que j’aime revoir, les rencontres qui détendent mon âme.   
M.: C’est plus beau l’étonnement de celui qui voit quelque chose pour la première fois ou c’est plus belle la revue de quelque chose que tu sais exister et que tu attends à un rencontre?
C.M.U.: L’enthousiasme, l’exultation devant la nouveauté ont leur charme. Je me sens confortable aussi dans la sagesse de savoir comment vont les choses, de ne pas exploser, pour que, ensuite, je recueuille les débris de la déception.
M.: Mais pourquoi tu dois recueillir les débris?
C.M.U.:  Ça m’est arrivé, je vois assez souvent le départ avec les grandes attentes, l’exultation, toutes terminées en désespoir. Des enthousiasmes nés très facilement, qui s’éteindent très vite.

M.: Quand les gens s’enthousiasment, ils valorifient au maximum leur joie. Ils se consomment. Nous ne sommes pas reconciliés avec le final. On pourrait économiser l’enthousiasme? Avoir aussi l’année prochaine ce sentiment?
C.: Fourmi versus cigale.
C.M.U.: J’ai été plusieurs années cigale, je connais les cigales, je ne peux pas les rejeter. Je n’aurais aucun problème d’en redevenir un (au sens social, pas dans l’écriture, là je me veux fourmi). Je voudrais être de nouveau cigale.
C.: Cigale sociale, fourmi écrivain. On a besoin d’une grande force d’être une fourmi pareille lorsque les gens te traitent comme cigale?
C.M.U.: Il est difficile du point de vue économique, parce que, autrement, l’on assume l’isolement. De quoi vivre? Là c’est l’obstacle.
 
M.: Comment est-ce que tu vois le forum du journal? Il y a des personnages contestés qui deviennent sympathiques en temps. Pourtant, qui en lit ponctuellement, voit le venin.
C.M.U.: Il existe une certaine violence dans le forum. En leur répondant poliment, les mêmes gens ont commencé à écrire autrement. Ça dépend de nous d’échanger leurs mentalités, même si nous faisons ça par homéopathie.
M.: Ceux qui ont du venin ont aussi des anticorps, ei ils sont avec des armures, mais souvent ils s’en rendent compte et deviennent plus mous.


C.M.U.: C’est difficile de garder la crédibilité si on parle seulement avec du venin et des injures. Eux aussi ils sentent le besoin d’être crédibles. Ils cherchent des arguments pour leur injure. Ils ne paraissent pas de gens méchants. Il paraît que quelques-uns y postent pour tester quoique ce soit.
M.: Et voilà que toi aussi tu n’es pas indifférent à la stupidité... Mais pour toi la dispute a des formes raffinées qui te représentent par la douceur du regard. Tu pourrais te taire et aller en avant. Tu tiens à ce que ta position soit près de sa vérité, pour qu il n’y ait pas de confusion.
C.M.U.: Une personne qui t’adresse des injures n’est pas obligatoirement stupide. Celui qui te loue l’est peut-être.
 
M.: Qu’est-ce qui se passe après un temps avec les femmes que nous désirons?
C.M.U.: Qu’est-ce qui se passe? Elles se marient avec autres hommes, elles font des enfants...
M.: Ça te démontre que l’histoire a été bonne ou mauvaise? Ce n’est pas toujours ton choix.
C.M.U.: En général les histoires sont bonnes. Plusieurs fois on choisit aussi. Et le consentement est un choix.
M.: Si on ne consente pas, quelle serait l’alternative?
C.M.U.: On se tait. On part.
M.: Tu n as pas dit la variante: on lutte. Même sans chances.
C.M.U.: Je ne peux plus faire ça.
M.: Tu as essayé?
C.M.U.: Oui, plusieurs fois. Je ne suis plus attiré par les moulins à vent. Autrefois je me dirrigeais en totalité vers quelqu’un, maintenat j’ai besoin d’une réponse, d’un consentement.
M.: Un homme libre croit et va avec le parapluie en avant. Mais il a aussi le doute? Il se suspecte de folie?
C.M.U.: Tu peux faire des pas dans une direction, même si la réponse n’arrive pas, en tenant compte seulement de ta confiance, la tienne, que tu ne te trompes pas. D’autre part, les choses sont en ordre et tu ne fais pas partie de cet ordre. Ta démarche paraît alors une folie, et elle l’est peut-être. L’entêtement te reste, il est difficile de rennoncer à la lumière que tu avais mise sur les choses.
 
M.: Dans un texte tu as écrit d’une mère qui s’asseyait sur le pot de chambre. Sans effet. Est-ce que nous suivons des exemples?
C.M.U.: Oui, je crois. Nous avons à apprendre de beaucoup d’hommes.
M.: Au-delà de ce que tu „voles”... si l’on vient et l’on te dit de faire comme ça... tu en fais?
C.M.U.: Je vis parmi des gens qui savent mieux que moi ce que je devrais faire, qui me pressent de différentes manières. Ils n’offrent pas „la force de l’exemple”. Ils sont la laisse.
M.: Peut-être il existe en nous quelque chose d’éternellement humain qui nous oblige à refuser le bon conseil.
C.M.U.: Il y a des gens qui nous donnent des solutions pour différents problèmes. A un moment donné, on est suffisamment mûr pour savoir ce que c’est bon pour soi.
 
M.: Combien de petits bâtons a Andrei? Quelle est la question que tu désires?
C.M.U.: Celle-là, je la voulais pour la simplicité, il me paraissait plus difficile ce que j’avais été demandé dans ce contexte-là. J’aime les questions simples, directes, avec une finalité précise, nées d’un intérêt réel et d’un désir de participation.
M.: Tu soupçonne les questions d’avoir un message caché?
C.M.U.: Non. Mais il existe des questions superficielles, standardisées, types. Je parles des gens qui ne te connaissent pas et ne sont pas intéressés par ton être, parce que très peu de gens ont une idée de ce que tu es en réalité. Tu sens qu’ils te regardent, qu’ils te voient d’une certaine manière, ils te collent une etiquette, mais ils n’ont pas la moindre idée de ce que tu es.
M.: La question suivante est normale: quand le livre suivant, celui avec les interviews?
C.M.U.: Ça me paraît déjà un projet vieilli, depuis plus d’une année j’ai arrêté Pravalia culturala, les interviews étaient plus vieux. Ne me paraît pas opportun de publier un livre pareil.
 
C: Avec quel écrivain tu voudrais être voisin, pour le saluer le matin?
C.M.U.: Parfois il existe une grande différence entre la personnalité d’un homme et la manière dont il écrit. Il y a beaucoup d’écrivains dont j’aime les textes, mais que je ne voudrais pas connaître en personne. „Dans mes livres je suis meilleur, là j’ai fait des efforts”, disait Plesu. Il y a des écrivains que j’aimerais connaître pour voir s’ils ont le même niveau que leurs pages écrites. Marin Preda, par exemple.
M.: Parce qu’il est originaire de la même region que toi?
C.M.U.: Peut-être. Mais surtout parce que  j’aime ses livres et je suis curieux de connaître l’homme qui se trouve derrière eux. Je me suis demandé qu’est-ce qu’il aurait fait après 1989 s’il avait été en vie.
 
M.: La femme serpent aurait-elle terminé de manger?
C.M.U.: Elle est dans une pause continuelle.
M.: Donc tu ne crois pas qu’elle existe?
C.M.U.: Si elle est dans le programme, elle existe.
 
M.: Un érivain est mesuré par ses livres. Pourquoi il ne suffit pas un seul livre? Tu sens toujours le besoin de montrer aussi autre chose? Peut-être une validation qui tarde?
C.M.U.: Non, ça ne compte plus. Ce type de reconnaissance, les croniques perdent leur importance. En fait, au début il m’a été difficile, je priais Corina de lire mes livres, et de me dire s’ils étaient de bon  ou du mauvais. Entre temps, même cet intérêt s’est diminué, mais un sourire autoironique est nécessaire et bénéfique.
C.: Mait tu enverrais le livre?
C.M.U.: Je l’envois aux écrivains, aux revues, aux bibliothèques, parce que je ne suis pas sûr que les éditions vont le faire, mais je ne guette pas les revues, pour voir si quelqu’un a écrit qui que ce soit sur mon livre. J’ai dit qu’un écrivain était mesuré par ses livres parce que je pensais à la direction que je devrais garder, mais aussi avec un regard furtif vers ceux qui se réjouissent aujourd’hui de reconnaissance et d’honneurs. C’est important de n’aller sans rien, lorsque les faits seront cernés, lorsque l’on fait le bilan.
M.: Tu penses à quelque chose qui dure?

C.M.U.: Je ne sais pas si j’écris des livres si bons.

M.: Mais tu te proposes ça.

C.M.U.: Je m’en réjouirais. Lorsque j’en écrirai un, je le reconnaîtrai.

 
M.: Plus qu’une illusion tu n’as que perdre. Tu as le courage de t’assumer ça?
C.M.U.: Je crois que oui.
M.: C’est tout ce que je voulais savoir. La question: Tu peux? La réponse: Oui. Ça suffit.
C.: La réponse a été „je crois que oui”.
C.M.U.: J’essayais de me rappeler le final de cet article sur les valeurs et leur silence. Dans la communauté il existe aussi les mouches y invoquées. On peut penser à les retirer. Plus qu’une illusion tu n’as que perdre.
M.: Comment? Pour un fan de Don Quichotte l’illusion est tout. J’ai perdu l’illusion, je me suis perdu, moi.
C.M.U.: Il est important de commencer à faire quelque chose. Si tu ne réussis pas, tu ne perdras que l’illusion d’avoir pu.
C.: Tu dis quelque part: „Qu’est-ce qu’on peut faire? Mais on doit faire quelque chose”. C’est valable pour le journaliste et pour l’écrivain aussi?
C.M.U.: Nicolae Coande m’a dit, après avoir lu mon premier article de fond de Suplimentul de cultura: „Dès maintenant, j’attends de toi une lutte continuelle avec le système”. C’est ça que j’annonçais, probablement. Je crois que cette attitude est surtout pour le journaliste.

C.: Le journalisme est toujours le social. Tu travailles pour gagner de l’argent. Si tu pouvais, tu préférerais ne pas le faire, tu préférerais écrire. Comment tu réconcilies tout ça?
C.M.U.: Lorsqu’ils font partie d’un système dont ils sont mécontents, les gens critiquent aux coins des rues, sans lutter contre lui. Je me suis proposé de montrer, dans mes articles, qu’est-ce qui se passe dans un système ou dans un autre, mais moi aussi je ne peux pas  nettoyer.
C.: En final tu es une fourmi sociale.

C.M.U.: Les articles font partie de la cigale.

C.: Oui, mais si tu fais ça pour l’argent, tu n’écris pas les livres que tu veux écrire. Tu n’es pas une fourmi sociale?
C.M.U.: D’une manière, si. D’une autre, écrire un article par semaine ne m’empêche pas d’écrire les livres que je veux  écrire. Aller chaque jour au travail, oui, ça t’en empêche. Ecrire un article par semaine appartient à la part de la cigale. Quand on est fourmi sur le territoire de l’écriture, c’est bien. Je suis fourmi sociale lorsque je fais ce que je n’aime pas.
C.: Un critique dit que dans ce livre il y a de la littérature, l’avant-propos  dit que tu as écrit de la littérature, toi, tu dis que ce n’est pas le livre que tu attends. Ce n’est pas une perte?
C.M.U.: Non, ce n’est pas un livre dont je ne sois pas content.
C.: Mais quand tu penses que tu aurais pu utiliser tout ça dans un roman, qui ait autre finalité... De ce point de vue, ce n’est pas une perte?
C.M.U.: Non, il existe beaucoup de matériel.
C.: Cette lutte, faire quelque chose, dire les choses directement... Tu peux la porter dans le roman aussi?
C.M.U.: Ce n’est pas important.
C.: „Trace une ligne d’ici jusqu’à la porte et je te montre que je vais par où je veux”. C’est important ça?
C.M.U: O-oooo!
 
(Mozaicul, nr.1 / 2009)